Who’s there?

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Chkoun?

Qrib. I’m back. 

Again?

Yes.

Why do you always come back?

I don’t know. 

Didn’t you get it last time...

Oh it’s gonna take more than this to keep me away.

You should give up. Nobody wants you here.

It’s fine...

You’re too stubborn and you’ll never find what you’re looking for.

That won’t make me stop looking. I know it’s here.

It could be in hundreds other places on this earth, you’re fooling yourself. And again, nobody wants you here.

I do. I want myself here over and over again even if it’s until it rips apart the last piece of love i have for you.

You don’t belong here.

I do.

You don’t.

But you can’t prove it.

You don’t know what it’s like to be here and not look for anything; you don’t know what it’s like to be still. You don’t belong. You’re passing by.

Then that’s what I’m looking for. Stillness. 

You’re don’t know what you want, you’re spoiled.

I’m not listening to you. I’ll come back again and I’ll stay. Still. 


Je ne sais pas pourquoi je continue de revenir, et je ne sais pas pourquoi plus tout me repousse plus je m’accroche. En fait, si, je sais. C’est cette odeur que j’ai senti hier en rentrant chez ma grand-mère, l’odeur salée un soir brumeux près de la mer. Cette odeur qui m’a fait interrompre ma conversation et projeté dans mes plus lointains souvenirs. 

Je suis une grande nostalgique. Je l’était petite déjà, ce qui n’a pas grand sens vous me direz, hormis si j’avais vécu une vie antérieure. Mais je suis nostalgique d’un monde que je nourris depuis toujours à l’intérieur. Il n’existe pas vraiment. Il est en moi, et il change au fil de mes envies et au fil de mes besoins. J’enjolive certaines choses, et j’en oublie volontairement certaines. C’est un grand théâtre à l’intérieur de moi (ou peut-être un cirque) où se jouent toutes mes plus grandes pièces, et je les réécris au gré des saisons. 

Mon Maroc, celui dont je me souviens et qui ne cessera de nourrir mon théâtre et mes plus grandes illusions et ce peu importe ce que l’on me dira, c’est celui dont l’acte I commence devant cette porte. Cette porte où l’on toquait pour annoncer notre arrivée tant attendue bien qu’elle n’ait jamais été fermée. Cette porte et ce zellij à damier noir et blanc qui la devance où ma défunte tante -paix et miséricorde à son âme- déroulait un bout de tapis pour me laisser jouer aux poupées avec d’autres enfants. Et derrière cette porte, ce long mur de plâtre en forme de L dont j’aimais tant ébrécher plus encore les fissures. C’est un centième de mon acte I, et s’en suivirent milles autres. Dans l’un d’entre eux, je me réveillais tout les jours dans une tente au bord de l’eau glacé d’El Jadida pendant quinze jours au moins et regardait chaque nuit la lune et les étoiles, assise sur le sable froid. C’est là qu’est né cet amour pour cette odeur, celle qui émanait des vagues alors que la brume tombait sur le campement. Dans un autre acte, un soir d’esquive où je me retrouvais bien trop loin de chez ma grand-mère au goût de mes parents (et tous), assis en groupe dans un jardin un jeune inconnu m’interpelle dans un français parfait et me demande qui je suis. Je lui réponds que je m’appelle Samia, et il me répète sa question. « Non, non, qui es-tu? ». Je lui dis ne pas comprendre où il veut en venir, et m’est posée alors une question à laquelle je ne lui ai jamais répondu, « Quand tu te regardes dans le miroir le matin, qui es-tu? ». Je ne lui ai pas répondu ce soir là, et je ne me suis jamais répondu non plus toutes ces fois jusqu’aujourd’hui où face à mon miroir j’ai repensé à sa question. Milles et un actes dont je pourrai tout vous compter mais dont je vous passerai les détails, car beaucoup n’ont de sens que pour moi. 

Ce qui se joue aujourd’hui est un entracte où je pose la plume et me questionne sur la suite de la pièce, et me demande même si elle a un quelconque sens depuis son levé de rideau. Mes sens, mon coeur, et mes souvenirs, ont créé un Maroc qui n’existe qu’en moi, et qui n’est pas la réalité des autres. C’est ainsi qu’aujourd’hui, bien plus lucide, je réalise avec émotion que ma nostalgie m’a bercé, et trompé. Et que si je souhaite écrire un nouvel acte, celui-ci se devra d’être la chute. 

Je ne cesserai pour autant jamais, ya bladi, de voir en tout ta beauté et ta poésie. 

With all vulnerability poured in front of you,

Samia.