I'm good

 Crédit:  @sarahshakeel

Crédit: @sarahshakeel


 


Aujourd’hui je suis allée chez Rougier et Plé, cité Voltaire à Paris. J’y suis allée avec 100€ dans ma poche, que j’ai obtenu nonchalamment l’heure précédente. Such a blessing. J’y suis allée et y suis entrée prête à mettre dans mon panier tout ce que je trouvais nécessaire, tout ce que je voudrais tester, et tout ce qui pourrait me faire plaisir. Après tout, avec 100€, j’aurai bien de quoi rentrer chez moi les mains pleines. Aujourd’hui je dessine peu sur autre chose que sur la peau, et je ne peins plus vraiment. Je tatoue beaucoup, mais je ne partage plus grand chose avec mes feuilles et mes marqueurs, avec mes toiles et mon acrylique. Pourtant je me rappelle d’un temps où tout ce qui m’importait était de pouvoir me retrouver face à des fournitures créatives et me laisser entraîner par la danse qu’effectuaient mes mains. Je n’avais alors sur ma to-do list qu’une chose: créer. C’était la seule chose que je voulais faire, et littéralement la seule chose que j’avais à faire. Il y a cinq ans je suis allée chez Rougier et Plé, cité Voltaire à Paris. J’y suis allée avec 100€ dans ma poche, que ma soeur m’a tendu en me disant qu’elle me les prêtait pour me motiver à générer, par mon art et ce que je m’en allais acheter pour le faire vivre, de quoi lui rendre. J’y suis allée et y suis entrée avec la peur au ventre à l’idée de faire les mauvais choix. Je n’avais pas d’argent, ce n’était pas mon argent, et personne ne m’en tendrait encore une prochaine fois. J’y suis entrée avec le coeur qui battait la chamade. Quelqu’un croyait en moi et investissait dans mon futur, dans ma carrière; je ne devais pas décevoir. Ce jour-là, 100€ m’ont paru être des milliers. J’ai pesé le pour et le contre de chaque article dans mon panier, accompagné d’une calculatrice pour ne pas dépasser d’un centime l’argent qui m’avait été prêté. J’ai finalement pris ce qu’il y avait de plus nécessaire à ma pratique de l’art, et suis ressortie à la fois frustrée et excitée. J’avais hâte, hâte de pouvoir un jour remplir mes tiroirs et placards de stylos de chaque épaisseur et couleur possible, de pots de peintures en tout genres, de papiers plus beaux les uns que les autres, de toiles de toutes tailles. J’avais hâte que mes efforts payent, et que je puisse m’acheter tout ce que je voulais. Et ils ont payé cinq ans après.

Aujourd’hui je suis allée chez Rougier et Plé, cité Voltaire à Paris, et hormis restocker du papier, je n’ai rien acheté. J’ai déjà tout ce dont j’ai besoin, et bien assez à faire avec cela pour avoir envie de tester d’autres choses. J’ai eu ce moment de flashback dans les allées du magasin, où je me revoyais voulant tout mais ne pouvant rien avoir. Ce changement dans ma vie, je le prends peut-être pour acquis. Aujourd’hui quand je ne peux pas avoir ce que je veux, c’est que j’ai fais des mauvais choix. Hier, lorsque je ne pouvais pas avoir ce que je voulais, c’est parce que je n’avais pas le choix. On a tous déjà croisé sur internet cette phrase qui dit que l’on a un jour prié pour ce que l’on a aujourd’hui, ou quelque chose comme ça. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, j’ai ce pour quoi j’ai prié. Car aujourd’hui je suis allée chez Rougier et Plé, cité Voltaire à Paris, et j’ai acheté tout ce que je voulais, sans dilemme, sans restriction. J’ai tellement tout ce pour quoi j’ai prié, et plus encore, que je ne ressens plus le besoin d’avoir grand chose. Parfois, savoir que l’on peut, suffit à l’âme. Je suis satisfaite. “Al qana3a” en arabe. Je me satisfait de pouvoir alors que je ne pouvais pas, et je ne ressens pas le besoin de pouvoir plus, si ce n’est pour pouvoir rendre plus. Je souhaite que Dieu donne à tous, de quoi atteindre al qana3a. J’espère que chaque personne qui veut, se suffira d’avoir. Ce que je croyais vouloir, je n’en ai en réalité pas besoin. Car aujourd’hui je suis allée chez Rougier et Plé, cité Voltaire à Paris, et j’ai dépensé 25€, alors que j’en avais 100. Hier, j’aurai pourtant cru en vouloir 1000. Mais en fait, je ne veux plus grand chose. Je n’ai pas besoin de plus que ce moment que j’ai vécu, qui me rappelle que j’ai aujourd’hui ce pour quoi j’ai prié. Ce moment me fait aussi réaliser que parfois ce que l’on veut tant ne nous apporte pas tout ce que l’on s’imagine. Que l’on veut souvent ce dont on a aucun besoin, mais qu’on passe pourtant des années à prier pour. J’ai tant prié pour ce moment et pour peu que j’ai été distraite par une conversation téléphonique par exemple, et bien je serai passée à côté de cette réalisation, de ce flashback. Combien de temps m’aurai-t-il alors fallu pour réaliser que j’avais finalement ce que je voulais? Pendant combien de temps ai-je couru derrière une prière déjà exaucée? Peut-être que finalement, chaque jour je demandais inconsciemment un peu plus -même bien plus- que ce que je voulais réellement. Car tout, tout les jours, nous pousse à aspirer à plus, toujours plus, encore plus, et jamais assez. Je me demande alors quel est ce nouvel attrait que j’aurai eu pour le « plus », perturbée par l’idée que peut-être je suis devenue comme eux. Ces gens qui courent en vain derrière le superflu. Mais non! J’ai ce que j’ai voulu, et aujourd’hui je suis allée chez Rougier et Plé, cité Voltaire à Paris, et je n’avais envie de rien, car en réalité, loin de tout ce que l’on me pousse à vouloir, je suis satisfaite de ce que j’ai. Puisse-t-il en être toujours ainsi. Amen.

 

Et vous, de quoi êtes vous satisfaits?

With happiness,

Samia.