Un loyer pour Haïfa

Mise à jour 25/12: Haïfa a reçu de quoi payer 10 jours d’hôtel et 25€ supplémentaires. Elle part pour Lille dans une semaine, et va s’installer définitivement là-bas, plus tôt que prévu. Une personne compétente au niveau administratif s’est manifestée pour étudier le reste des besoins d’Haïfa et sa famille. Dans l’attente, les dons sont figés. Une fois l’étude réalisée, ce qui sera nécessaire lui sera donné, et le surplus sera rendu aux donateurs ou ajouté au Fond de Solidarité pour aider une prochaine cause, selon leur souhait.

Mise à jour 23/12: ayant réuni le montant nécessaire à 3 semaines d’hôtel, la campagne de dons est mise sur pause, en espérant trouver pour Haïfa une solution plus pérenne et stable.

Mise à jour 14/06: la situation d’Haïfa a été entièrement prise en charge par les services sociaux et elle a été relogée à Lyon. Ne nécessitant plus d’aide financière, l’excédant des dons reçus a été transféré à l’association Al Aytaam qui agit en faveur des orphelins. Ils serviront à la construction d’un puit pour un orphelinat de Guinée. Tout les donateurs concernés ont été contactés et ont donnés leur accord pour le transfert de leur dons.

Rencontrée au début de l’année 2017 dans le couloir du métro 13 à la gare Saint-Lazare, direction nord, où elle passait toutes ses journées à faire appel aux bienfaiteurs, Haïfa est une réfugiée syrienne accompagnée de ses enfants et sa mère. Après un passage en Espagne où elle reçoit le statut de réfugiée, elle arrive en France et se retrouve dans une situation extrêmement difficile. Car bien qu’entourée d’organisations/associations s’occupant des besoins primaires en alimentation et de particuliers fournissant produits d’hygiène et vêtements, personne n’est en mesure de la loger. Sa famille et elle se retrouvent donc à vivre dans un hôtel, à 60€ la nuit. Les démarches et le temps d’attente pour un logement étant longs, voilà comment j’ai rencontré Haïfa un matin en empruntant ce fameux couloir de métro.

Je passe devant elle à plusieurs reprises, différents jours, et son visage et ce qu’il dégage m’interpellent. A ce moment, je n’ai rien à lui donner, hormis un “que la paix soit sur vous” extrêmement sincère. Son sourire, et l’étincelle dans ses yeux bleus presque gris m’emplissent d’un sentiment particulier et me hantent toute la journée. Le lendemain, je charge un ami de traduire à l’écrit en arabe un message de ma part, où je lui demande de ne pas s’imaginer que je la snobe car je passe tout les jours devant elle, apprêtée et les mains pleines de sacs de courses (j’aménage alors mon atelier d’Asnières), sans lui donner ne serait-ce qu’une pièce, et que Dieu est témoin que je n’ai hélas absolument rien à donner à quiconque. Elle ne lira jamais ce message, car elle m’explique que sa vue est très mauvaise et qu’elle n’arrive pas à lire sur mon téléphone. Elle me dit de lui parler, qu’elle peut comprendre mon dialecte marocain. Je m’explique alors, et c’est elle qui se retrouve à presque me consoler et me rassurer sur la situation, et me demande d’au moins prier pour elle. Brièvement, elle me fait son récit. Me parle de la qualité de vie qu’elle avait en Syrie, et comme elle a donc honte de se retrouver aujourd’hui à devoir faire appel à la générosité des gens pour conserver un toit sur sa tête. Je lui dis que je trouve fascinant qu’elle ai un si beau sourire malgré tout ça, à quoi elle répond qu’elle tente de garder de la dignité, et je le ressens dans son attitude et ses mots forts, positifs, et sans plaintes. S’en suivront d’autres brefs échanges, dans un arabe approximatif de ma part, et beaucoup de prières pour moi de sa part. Pourtant, c’est elle qui a besoin des nôtres. Mais cette femme qui n’a plus rien a quand même trouvé en cela le moyen de donner. Et quel beaux dons elle m’a fait, à moi et à tout ceux qui l’ont aidé.

Je la vois pour la dernière fois à l’approche de l’Aïd al Fitr 2017, où elle me demande de diriger des zakats (aumônes obligatoires) de la fin du mois de Ramadan vers elle. J’essaye. Puis je disparais de son radar car je ne sors plus que très peu, la dépression occupe mon esprit et je ne pense qu’à moi. Pourtant, lorsque je reprend le chemin du métro 13, ravie à l’idée de la revoir, je ne la trouve pas et sa pensée m’obsède alors. Elle m’avait dit qu’elle aurait bientôt un appartement, j’en conclu alors qu’elle n’est plus là pour cette raison, et malgré ma tristesse à l’idée de ne pas lui avoir dit au revoir je suis heureuse pour elle. Mais je me dis aussi qu’elle peut-être juste changé de secteur, et que je la croiserai à une autre station de métro par hasard. Je tente d’ouvrir les yeux à chaque fois que je passe près d’une femme, mais ce n’est jamais elle. J’en viens à me demander si je saurai encore la reconnaitre après ces un an et demi passé. A plusieurs reprises j’ai pensé à me tourner vers mes clientes du milieu associatif pour retrouver sa trace, et je ne menais pas cette idée jusqu’au bout. Aujourd’hui encore j’ai eu cette pensée, alors que je me dirigeais vers son couloir habituel, et avant même d’y arriver, je me promettais de le faire le soir même. Comme à mon habitude maintenant, je pose les yeux avec mélancolie sur l’endroit de notre rencontre où je retrouve désormais d’autres qu’elle.

Et aujourd’hui, elle était là. J’ai failli ne pas lever les yeux du sol tant j’ai l’habitude que cela soit quelqu’un d’autre. Mais je les ai levé, très brièvement, mais assez pour reconnaître le bleu gris de ses yeux. Elle était là, et elle a été là. Le destin nous a juste empêché de se trouver. Je lui dis que j’étais persuadée qu’elle avait disparu car déménagée, et elle m’explique que non. Que c’est long, très long, mais qu’elle patiente, qu’elle patiente, qu’elle patiente, et qu’elle remercie Dieu. Je lui dis que Dieu est avec les patients, et elle répète ce verset après moi. Dans un mois elle sera (en théorie) enfin logé à Lille. En attendant, elle a encore son hôtel à payer, et je suis subjuguée de constater qu’elle a entretenu ce triste mode de vie pendant bientôt deux ans (si ce n’est plus, car je manque de détails). Elle me demande si j’ai quelque chose pour elle, et hélas, je n’ai encore rien. Je ne comprends pas l’ironie qui veut que je donne à tout va toute l’année ou presque, et que ce “ou presque” n’intervient qu’à sa rencontre, même à un an et demi d’intervalle. Mais ce qui n’est aussi pas un hasard, c’est de la retrouver alors qu’elle est à bout de souffle, mais si près du but. Si près d’un logement en bonne et due forme, si près d’être délivrée.

Presque tout ce que dégageaient ses yeux n’est plus là. Elle est fatiguée, et elle m’a l’air de s’éteindre. Donnons-lui un repos plus que bien mérité, payons son dernier mois d’hôtel. Donnons-lui un avant-goût du reste de sa vie, où elle à un toit pour la nuit pour lequel elle n’est pas obligée de sortir mendier le jour.

La situation est urgente, chaque jour qui passe est un jour de plus où Haïfa est dans la rue en quête de 60€ pour la nuit suivante. Je vous prie de donner ce que vous pouvez sans tarder, afin de la soulager rapidement. La somme totale de 2100€ est nécessaire pour payer 5 semaines d’hôtel, qui lui seront remis par tranche de 420€/semaine. Si une situation plus stable et économique est trouvée pour son logement, tout excédant du fond de solidarité pour Haïfa lui sera remis pour subvenir à d’autres besoins basiques (alimentation, vêtements, hygiène, ameublement, etc). Notez qu’en finançant son logement, elle n’en reste pas moins nécessiteuse de bien plus, et elle me demande de vous transmettre de ne pas vous offenser si vous la voyez tout de même dans le métro, et qu’elle ne fait pas cela de gaieté de coeur.

 
 
 
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“2:153”

  • Inspiré par la patience d’Haïfa face à l’adversité, une patience digne et noble, non pas une patience subie et lamenteuse. Le mot « patience » se repète sur une ligne droite et constante, à l’image de l’endurance que nous devrions avoir peu importe le mal qui nous touche. Rester ancré solidement dans cette belle patience, comme l’est Haïfa, en étant sur qu’elle mène à la délivrance. « Car Allah (Dieu) est avec les endurants » (sourate 2 verset 153, titre de cette oeuvre).. Puissions-nous tous être aussi patients, aussi longtemps, avec aussi bon caractère, malgré les épreuves de la vie.

  • Traduction: "Patience"

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